créatine et perte de cheveux : ce que dit la science

La créatine fait-elle vraiment perdre les cheveux ?

« 56 % de hausse de DHT » : le chiffre circule sur les forums de musculation depuis quinze ans, brandi comme la preuve que la créatine ferait tomber les cheveux. Ce chiffre est réel. Ce qu’il prouve l’est beaucoup moins. Voici le tri, étude par étude.

L’essentiel

  • Non, la créatine ne provoque pas directement la chute de cheveux : l’essai randomisé le plus récent (Lak et coll., 2025, 38 hommes sur 12 semaines) ne montre aucune différence sur la DHT ni sur la densité des follicules par rapport à un placebo.
  • Une seule étude a allumé la mèche (Van der Merwe et coll., 2009, 20 rugbymen) : elle a mesuré une hausse de la DHT après une phase de charge, mais aucune chute de cheveux, et elle n’a jamais été reproduite depuis.
  • La génétique prime : sans prédisposition à l’alopécie androgénétique, une variation de DHT ne déclenche pas de calvitie. En cas d’antécédent familial, un avis dermatologique avant toute cure reste la bonne démarche.

Une seule étude à l’origine de toute la controverse

Toute la rumeur créatine-calvitie part d’un seul travail, publié en 2009 dans le Clinical Journal of Sport Medicine. Van der Merwe, Brooks et Myburgh y ont suivi 20 joueurs de rugby sud-africains pendant trois semaines : une phase de charge à 25 g par jour pendant sept jours, puis un entretien à 5 g par jour pendant deux semaines.

Résultat : la dihydrotestostérone (DHT), une hormone dérivée de la testostérone, a grimpé de 56 % après la phase de charge, puis s’est stabilisée 40 % au-dessus du niveau de départ pendant l’entretien. Le ratio DHT/testostérone a suivi la même courbe.

Mais l’étude a une limite fondamentale, presque toujours passée sous silence : elle n’a jamais mesuré la moindre chute de cheveux. Ni comptage de cheveux, ni photo, ni examen du cuir chevelu, ni densité folliculaire. Un marqueur hormonal a bougé ; personne n’a vérifié si un seul cheveu était tombé.

Ce que la DHT fait réellement aux follicules

La DHT est bien impliquée dans l’alopécie androgénétique, mais pas de la façon qu’on imagine spontanément. Vidal précise que cette forme de calvitie résulte de deux facteurs combinés : une prédisposition génétique et l’action de la DHT sur les follicules sensibles. L’enzyme 5-alpha-réductase convertit une partie de la testostérone en DHT, qui se fixe sur des récepteurs présents dans certains follicules pileux du cuir chevelu. Chez une personne génétiquement sensible, cette fixation répétée miniaturise progressivement le follicule et raccourcit sa phase de croissance (la phase anagène), jusqu’à produire des cheveux de plus en plus fins, puis plus de cheveux du tout à cet endroit.

Le point clé, que la plupart des articles glissent en une phrase : ce mécanisme suppose une prédisposition génétique aux récepteurs sensibles à la DHT. Sans cette sensibilité héritée, une hausse de DHT circulante ne suffit pas à déclencher une miniaturisation folliculaire. La DHT est le déclencheur potentiel, la génétique est l’interrupteur.

schéma de miniaturisation du follicule pileux sous l'effet de la DHT
Miniaturisation folliculaire dans l’alopécie androgénétique

Ce mécanisme est décrit chez l’homme. Il ne se transpose pas à l’identique chez la femme.

Et chez la femme, est-ce pareil ?

Pas tout à fait. Chez la femme, l’alopécie d’origine hormonale existe mais suit un schéma différent : la prédisposition génétique aux récepteurs DHT est moins fréquente, et quand une chute survient, elle se présente en général de façon diffuse sur tout le crâne plutôt qu’en zones de calvitie typiquement masculines (golfes, vertex). Aucune étude n’a isolé un effet spécifique de la créatine sur la chute de cheveux féminine : le raisonnement reste donc le même que pour un homme, avec un terrain génétique globalement moins exposé.

Ce que dit la science depuis 2009 : quinze ans sans confirmation

Un résultat isolé ne vaut que s’il se reproduit. Or, en quinze ans, aucune autre équipe n’a retrouvé la même élévation de DHT observée par Van der Merwe. Pour un domaine aussi étudié que la créatine, avec des centaines d’essais publiés, ce silence est en soi une donnée.

Une amorce de synthèse avant le détail chiffré : deux publications plus récentes viennent directement contredire l’idée d’un lien créatine-calvitie, l’une en évaluant la littérature disponible, l’autre en mesurant enfin le bon critère.

ÉtudeEffectif / duréeCe qui a été mesuréRésultat
Van der Merwe et coll., 200920 rugbymen, 3 semainesDHT, ratio DHT/testostéroneDHT +56 % (charge), +40 % (entretien) ; aucune mesure capillaire
Antonio et coll., 2021 (revue ISSN)Revue de la littérature disponibleTestostérone, DHT, chute de cheveuxAucune preuve d’un effet de la créatine sur ces trois paramètres
Lak et coll., 2025 (RCT)38 hommes (sur 45 recrutés), 12 semainesDHT ET densité folliculaire mesurée directementAucune différence avec le placebo, ni hormonale ni capillaire
Créatine et perte de cheveux : les trois études clés

La revue publiée en 2021 dans le Journal of the International Society of Sports Nutrition par Antonio et coll. est sans ambiguïté : sur la base de la littérature disponible, rien n’indique que la créatine augmente la testostérone totale, la DHT, ou provoque une perte de cheveux. C’est une synthèse, pas une nouvelle mesure directe.

La donnée qui change vraiment la donne est plus récente. Publiée en 2025 dans le même journal, l’étude de Lak et coll. est le premier essai randomisé contrôlé à avoir mesuré directement la densité folliculaire, et pas seulement un marqueur hormonal, chez des hommes supplémentés en créatine pendant 12 semaines face à un placebo. Sur 45 hommes recrutés, 38 sont allés au bout du protocole. Verdict : aucune différence, ni sur la DHT, ni sur la densité des cheveux.

C’est là que se joue toute la confusion du sujet : Van der Merwe a mesuré un marqueur intermédiaire (la DHT circulante) ; Lak a mesuré le critère qui compte réellement (des cheveux en moins ou pas). Seize ans séparent les deux, et c’est seulement le second qui répond vraiment à la question posée par le titre de cet article.

Le point clé : la hiérarchie des preuves compte autant que les preuves elles-mêmes. Une variation hormonale isolée, jamais reproduite en quinze ans, pèse moins qu’un essai contrôlé qui mesure directement le critère qui vous intéresse réellement, à savoir vos cheveux, et pas votre bilan sanguin.

Corrélation trompeuse : pourquoi on attribue la chute à la créatine

La coïncidence d’âge explique une bonne partie de la confusion. La tranche 25-35 ans, où beaucoup d’hommes intensifient leur pratique de musculation et commencent une cure de créatine, est aussi celle où l’alopécie androgénétique naturelle démarre le plus souvent. Deux phénomènes indépendants se chevauchent dans le temps, et le cerveau relie les points : « j’ai pris de la créatine, mes cheveux tombent » devient vite « la créatine fait tomber mes cheveux ».

Avant d’incriminer la créatine, il vaut mieux écarter les causes non hormonales, bien plus fréquentes qu’on ne le pense. Une carence en fer (ferritine basse) reste la première cause de chute chez la femme hors ménopause. Un trouble thyroïdien, un effluvium télogène (choc, stress, fièvre, post-infection, quelques mois avant l’apparition) ou un traitement médicamenteux peuvent tous provoquer une chute diffuse sans rapport avec la supplémentation.

Les effets secondaires réellement documentés de la créatine, eux, sont d’un tout autre registre : digestifs et bénins pour l’essentiel. Notre article dédié aux effets secondaires de la créatine détaille l’ensemble du sujet ; on ne le redéveloppe pas ici, pas plus que la créatine et les reins, l’autre crainte récurrente.

Ce que vous pouvez faire concrètement

Si vous n’avez aucun antécédent familial de calvitie et aucun signe débutant, il n’y a pas de raison d’éviter la créatine sur ce seul motif : la littérature disponible ne soutient pas ce risque. Reste alors à savoir comment l’utiliser, ce que le guide complet de la créatine détaille du dosage à la durée de cure.

Si vous êtes déjà concerné par une alopécie androgénétique débutante ou un terrain familial marqué, l’approche prudente reste un avis dermatologique avant de commencer une cure, avec un suivi objectif (photos datées, comptage sur une zone repère) plutôt qu’une simple impression au peigne.

En cas de chute soudaine en cours de cure, le réflexe utile n’est pas d’arrêter la créatine par précaution, mais de vérifier d’abord les causes les plus fréquentes : bilan ferritine, bilan thyroïdien, épisode de stress ou de maladie récent.

Enfin, sur le finastéride : aucune association validée n’existe entre créatine et ce médicament contre la chute de cheveux. Le finastéride reste un traitement sur ordonnance, encadré par un médecin, pas un « antidote » à opposer à la créatine.

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Ce que vous vous demandez sur la créatine et les cheveux

Est-ce que la créatine fait perdre des cheveux ?

Non, aucune étude n’a mesuré de perte de cheveux liée à la créatine. Seule une hausse de DHT a été observée en 2009, jamais reproduite depuis, et l’essai le plus récent qui mesure directement la densité capillaire ne trouve aucune différence avec un placebo.

La créatine peut-elle au contraire faire pousser les cheveux ?

Non plus. Cette idée inverse circule aussi, mais elle n’est appuyée par aucune donnée : la créatine n’a d’effet documenté ni positif ni négatif sur la pousse des cheveux, elle agit sur l’énergie musculaire, pas sur le cycle capillaire.

Faut-il arrêter la créatine si on constate une chute ?

Pas par réflexe. Mieux vaut d’abord vérifier les causes fréquentes (fer, thyroïde, stress, effluvium télogène) avant d’attribuer la chute à la créatine, qui reste l’explication la moins étayée scientifiquement.

La perte de cheveux liée à la créatine est-elle différente chez la femme ?

Le mécanisme hormonal en cause est le même, mais la prédisposition génétique à l’alopécie androgénétique est moins fréquente chez la femme, et la chute, quand elle existe, est plus souvent diffuse que localisée.

Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical. En cas de chute de cheveux inhabituelle ou rapide, consultez un dermatologue.

Dernière revue : juin 2027.