La citrulline traîne souvent l’étiquette d’ingrédient cosmétique des pré-workouts, juste bon à donner la sensation de pump. C’est pourtant l’un des acides aminés vasodilatateurs les mieux documentés par la recherche sur l’effort. Elle mérite un peu plus qu’un simple slogan sur un pot de poudre.
L’essentiel
- La citrulline est un acide aminé non essentiel qui se convertit en arginine dans les reins et stimule la production d’oxyde nitrique, ce qui dilate les vaisseaux et améliore l’afflux sanguin vers les muscles.
- La forme la plus étudiée à l’effort est la citrulline malate : 6 à 8 g pris environ une heure avant la séance.
- L-citrulline et citrulline malate sont la même molécule sous deux formes : la L-citrulline est la base pure, le malate y associe de l’acide malique, un intermédiaire du cycle de Krebs.
- Bien tolérée aux doses sport, la citrulline demande un avis médical préalable pour les personnes sous traitement antihypertenseur ou inhibiteur de la PDE5.
Qu’est-ce que la citrulline ?
La citrulline est un acide aminé non protéinogène et non essentiel : elle n’entre pas dans la composition des protéines et l’organisme sait la fabriquer lui-même. Elle doit son nom au Citrullus lanatus, la pastèque, où elle a été identifiée pour la première fois en quantité notable.
Sur les étiquettes, deux noms circulent pour ce qui reste, au fond, une seule et même molécule : la L-citrulline, sa forme pure, et la citrulline malate, son sel associé à l’acide malique. La nuance change surtout la dose à prendre. Le détail des deux formes fait l’objet d’une section entière plus bas.
Une mesure publiée en 2005 situe la teneur de la chair de pastèque entre 0,5 et 3,6 g par kilo de poids frais selon le cultivar, avec une moyenne autour de 1,9 g/kg (Rimando & Perkins-Veazie, 2005). De quoi expliquer la sensation de fraîcheur après une pastèque bien mûre, mais très loin des doses utilisées en musculation.

Comment la citrulline agit dans l’organisme
Le cycle urée-arginine-NO : trois étapes
La citrulline n’agit pas seule : elle passe par un relais avant de produire son effet. Trois étapes suffisent à comprendre le mécanisme.
D’abord, la citrulline contourne le foie (un phénomène appelé échappement splanchnique) et rejoint directement les reins. Ensuite, les reins la convertissent en arginine, rendue disponible pour les muscles et les vaisseaux sanguins. Enfin, cette arginine sert de matière première à la production d’oxyde nitrique (NO), qui dilate les vaisseaux et améliore l’afflux de sang, d’oxygène et de nutriments vers les muscles à l’effort. C’est ce mécanisme, documenté par la fiche substance de Vidal, qui produit la sensation de pump.
Face à l’arginine prise directement en complément, la citrulline a un net avantage : une meilleure biodisponibilité orale. L’arginine ingérée est en grande partie dégradée dans l’intestin avant d’atteindre la circulation, alors que la citrulline passe ce cap intact. Le fonctionnement détaillé de l’arginine seule est traité dans notre article dédié.
Le point clé : la citrulline n’est pas un vasodilatateur direct, elle fabrique le précurseur qui fabrique le vasodilatateur. Ce détour par les reins lui donne une efficacité que l’arginine orale seule n’atteint pas, car cette dernière est en grande partie dégradée avant d’arriver dans le sang.
Le rôle dans le cycle de l’urée
L’effort produit de l’ammoniaque, un déchet du métabolisme musculaire qui contribue à la fatigue. La citrulline accélère son élimination via le cycle de l’urée, ce qui retarde l’acidification du muscle et peut prolonger l’endurance à l’effort. C’est ce rôle métabolique qui range la citrulline malate parmi les substances classées « toniques » (catégorie A13A) dans la nomenclature Vidal.
L-citrulline ou citrulline malate : laquelle choisir ?
En musculation, c’est la citrulline malate qui a servi de base aux études sur la performance à l’effort ; la L-citrulline reste la base pure, plus concentrée en citrulline nette à poids égal.
| Critère | L-citrulline | Citrulline malate |
|---|---|---|
| Composition | Citrulline pure | Citrulline + acide malique |
| Ratio standard | Non applicable | 2:1 (2 g citrulline pour 1 g malate) |
| Dose équivalente à l’effort | Environ 3 à 5 g | 6 à 8 g |
| Études sur la performance | Peu de données directes | Référence des essais d’effort |
Le sel malate n’est pas un simple diluant : l’acide malique est un intermédiaire du cycle de Krebs, la voie qui produit l’énergie cellulaire, ce qui explique pourquoi la forme malate a concentré l’essentiel de la recherche sur l’endurance musculaire.
Un point mérite votre attention avant d’acheter : une revue critique publiée en 2021 dans l’European Journal of Applied Physiology relève que de nombreux produits affichent un ratio 2:1 sans le respecter réellement, certains descendant à 1,6:1, voire 1,1:1 (Gough et al., 2021). Un ratio trop dilué en malate signifie mécaniquement moins de citrulline active pour la même dose annoncée. Notre sélection des meilleures citrullines du marché détaille les produits qui respectent ce ratio.
Dosage de la citrulline : combien et quand ?
Le repère qui ressort des études d’effort est simple : 6 à 8 g de citrulline malate, pris 45 à 60 minutes avant l’entraînement. Ce timing correspond à une pratique usuelle plutôt qu’à un protocole d’étude précis, le pic plasmatique de la citrulline survenant environ une heure après ingestion orale.
Ce repère s’appuie surtout sur une étude de référence isolée : à 8 g de citrulline malate, Pérez-Guisado & Jakeman (2010) ont mesuré +52,92 % de répétitions sur la dernière série et une réduction de 40 % des courbatures à 24 et 48 heures. Il s’agit toutefois d’une seule étude : une revue critique de 2021 nuance ces résultats, l’effet sur la performance existant sans se reproduire de façon systématique d’un essai à l’autre (Gough et al., 2021).
| Forme | Dose usuelle à l’effort | Timing | Objectif |
|---|---|---|---|
| Citrulline malate | 6-8 g | 45-60 min avant séance | Endurance musculaire, pump, récupération |
| L-citrulline (base) | 3-5 g | 45-60 min avant séance | Idem, moins d’études directes |
| Citrulline malate (médical, Stimol) | 2-3 g/j fractionnés | Répartis dans la journée | Asthénie, usage médical non sportif |
Ce tableau distingue deux mondes qu’on confond souvent. La dose sport (6-8 g en une prise) n’a rien à voir avec la posologie médicale du Stimol, solution buvable de citrulline malate prescrite contre l’asthénie à 2-3 g par jour, répartis en plusieurs prises. Personne ne devrait se supplémenter à la dose sport en pensant reproduire un usage médical, ni l’inverse.
Côté tolérance, aucune toxicité n’a été documentée aux doses sport chez l’adulte sain ; le principal désagrément rapporté aux doses élevées reste une gêne gastrique. La forme poudre offre davantage de souplesse sur la dose exacte que les gélules, dosées par unité fixe.
Quelle citrulline acheter maintenant que vous savez à quoi elle sert ?
Cinq références vendues en France, notées sur le prix au kilo réel, la dose atteinte et la certification.
La science ne soutient en revanche pas tout. Aucun effet démontré n’existe sur la force maximale (1RM), et la littérature disponible porte principalement sur l’endurance musculaire anaérobie, pas sur l’endurance cardiorespiratoire prolongée type course de fond.
Sécurité, effets indésirables et contre-indications
La citrulline est bien tolérée chez l’adulte en bonne santé, sans toxicité documentée aux doses usuelles sport. Une étude ayant testé 8 g de citrulline malate en dose unique a mesuré une gêne gastrique chez 14,63 % des participants, en plus de rares maux de tête (Pérez-Guisado & Jakeman, Journal of Strength and Conditioning Research, 2010).
Certains profils demandent davantage de prudence. La citrullinémie, un trouble héréditaire rare du cycle de l’urée, contre-indique la supplémentation. Une insuffisance rénale chronique impose de consulter un médecin avant toute prise, tout comme une grossesse ou un allaitement, faute de données suffisantes selon Vidal.
Comme la citrulline augmente la production d’oxyde nitrique, les personnes sous dérivés nitrés, sous inhibiteurs de la PDE5 (sildénafil et apparentés) ou sous traitement antihypertenseur devraient, par prudence, demander un avis médical avant toute supplémentation.
Sur le terrain du dopage, la réponse est nette : la citrulline ne figure sur aucune liste de substances interdites de l’AFLD ou de l’AMA. Aucune précaution particulière à ce niveau, contrairement à ce que certains forums laissent entendre.
Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical.
Demandez conseil à un professionnel de santé.
Contenu revu en juillet 2026, prochaine révision prévue en janvier 2027.
Citrulline : vos questions
Peut-on prendre de la citrulline tous les jours ?
Oui. Les essais cliniques disponibles, menés sur des durées allant jusqu’à environ 9 mois, ne rapportent pas de signal de toxicité à long terme. Contrairement à la créatine, aucune pause n’est jugée nécessaire.
Quel fruit contient le plus de citrulline ?
La pastèque, dont la teneur est détaillée plus haut, mais dans des quantités très insuffisantes pour atteindre les 6-8 g utilisés en musculation.
La citrulline est-elle un dopage ?
Non. Elle n’apparaît sur aucune liste de substances interdites de l’AFLD ni de l’Agence mondiale antidopage.
La citrulline a-t-elle un effet sur l’érection ?
Son mécanisme vasodilatateur a été étudié dans ce cadre, notamment via une publication Vidal de 2011 portant sur une dose de 1,5 g par jour, très différente des dosages sportifs et du contexte d’usage. Pour toute question médicale sur ce terrain, un professionnel de santé reste le bon interlocuteur.